You are currently viewing Michel Foucault, archéologue des idées
  • Post category:Critical thinkers
  • Post published:19 octobre 2022
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Faut-il voir en Michel Foucault un philosophe, ou plutôt un archéologue des idées ? Lui-même s’interrogeait : « Peut-être ne suis-je pas philosophe du tout, en tout cas, je ne suis pas un bon philosophe : je ne m’intéresse pas à l’éternel, je m’intéresse à l’événement. » Fouiller les arcanes du passé pour mieux comprendre les rouages cachés des sociétés contemporaines, tel est l’objectif de cet infatigable travailleur, qui partageait son temps entre l’exploration d’archives, la relecture d’œuvres classiques et les expériences de terrain.

Foucault est d’abord un archéologue du savoir. Issu de la bourgeoisie poitevine, normalien, agrégé, il entame sa carrière non pas comme professeur mais comme stagiaire dans des établissements psychiatriques. Les observations qu’il y fait nourrissent ses premiers livres, dont Histoire de la folie à l’âge classique (sa thèse, publiée en 1964) et Naissance de la clinique (1963). Foucault montre comment la folie a progressivement été exclue puis traitée comme une maladie mentale, sous l’influence de savoirs et de pratiques médicales guidés par le culte de la raison – au détriment des « fous » et de leurs expériences de vie.

En 1966, il étend ses fouilles avec Les Mots et les choses, où il fait dialoguer sciences, linguistique et économie. Foucault explique que les savoirs d’une époque sont déterminés par un « système » de règles implicites qui conditionnent l’émergence de certains discours, ce qu’il nomme épistémè.

Procédant à une analyse historique de ces systèmes, il conclut que l’idée de « l’homme » est en train de disparaître. Notion « inventée » par les sciences humaines, « l’homme » est en effet devenu un objet d’études parmi d’autres, perdant la place centrale que l’humanisme lui avait accordée : « C’est bien la mort de l’homme que nous sommes en train de vivre maintenant, à l’intérieur de notre savoir. » Succès de librairie, le livre suscite aussi de nombreux débats.

Un savoir n’est jamais dissocié d’un pouvoir, selon Foucault. C’est là sa deuxième archéologie : comprendre d’où vient le pouvoir et comment il s’exerce. Il en fait une éclatante exploration avec Surveiller et Punir (1975). Foucault se fait plus ouvertement critique de notre « société disciplinaire », dont la prison est selon lui révélatrice. Anticipant la téléréalité et le traçage de données, il utilise l’image du panoptique (un modèle pénitentiaire où le gardien observe les prisonniers sans être vu) pour décrire ce « procédé d’objectivation et d’assujettissement » actuel.

En tant que tel, prévient pourtant Foucault, « le pouvoir, ça n’existe pas » (Dits et écrits, IV). Il le pense davantage comme un ensemble de forces qui « circulent » dans la société. Il parle ainsi de « micro-pouvoirs » qui produisent des discours permettant de contrôler qui est ou non dans la norme.

Foucault invente à ce titre la notion de « biopouvoir », et in extenso de « biopolitique », pour décrire l’invasion progressive des normes sociales dans la gestion du vivant. Les corps sont devenus des objets politiques à part entière, qu’il s’agit de discipliner à tous les niveaux (hygiène, reproduction, esthétique…).

Échapper au pouvoir suppose de « promouvoir de nouvelles formes de subjectivité » (Le Sujet et le pouvoir). C’est le troisième temps de ses recherches : une archéologie du sujet, qu’il expose dans son Histoire de la sexualité (1976, 1984) et ses cours au Collège de France.

Foucault s’appuie sur les philosophes grecs pour envisager la philosophie comme une expérience de transformation de soi et une production d’un discours de vérité sur soi-même. Il faut forger sa personnalité comme une œuvre d’art et avoir « le courage de la vérité » pour se libérer de l’oppression. Une expérience qui suppose aussi une confrontation : « Le point le plus intense des vies, celui où se concentre leur énergie, est bien là où elles se heurtent au pouvoir. »