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  • Post published:18 décembre 2021
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Pourquoi sommes-nous tant aliénés par la société de consommation ? Comment s’accommoder d’un monde de plus en plus artificiel ? Ces questions très concrètes sont celles que se pose Jean Baudrillard, philosophe et sociologue français, penseur de ce qu’on appelle la postmodernité, époque où les rêves glorieux de conquête du bonheur par le progrès se sont évaporés.

Fils de gendarme, élevé dans un milieu rural, Baudrillard poursuit ses études au prestigieux lycée Henri IV à Paris et devient professeur d’allemand. Traducteur de Marx, il quitte l’enseignement pour suivre les cours du penseur marxiste Henri Lefebvre à Nanterre et ceux de Roland Barthes à Paris. Il voyage régulièrement aux États-Unis à partir des années 70, où il rencontre les membres de l’école de Palo Alto, penseurs de la communication.

Parallèlement, il se rend à plusieurs reprises en Italie à l’invitation d’Umberto Eco, avec lequel il approfondit sa connaissance de la sémiotique (théorie du signe). Soucieux de réagir en intellectuel aux événements internationaux, comme en témoignent par exemple La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (1991) ou Requiem pour les Twin Towers (2001), il écrit régulièrement dans les journaux des articles volontiers provocateurs.

Amateur d’art, auteur de chansons, photographe, Baudrillard ne cessa d’abattre les frontières entre les disciplines pour penser, comme son ami Edgar Morin, la complexité de notre monde.

Sa pensée croise le marxisme et la sémiotique. Dans son livre le plus célèbre, La Société de consommation (1970), il montre pourquoi le consommateur, séduit par la publicité, isolé et inorganisé, est tout aussi aliéné aujourd’hui que l’ouvrier l’était au XIXe siècle : achetant des biens non pour leur usage mais pour leur valeur de signe, il croit naïvement se différencier des autres sans voir que la société de consommation, « environnement climatisé, aménagé, culturalisé », transforme les objets en signes et les sujets en objets.

Mais s’éloignant peu à peu du marxisme, l’œuvre de Baudrillard s’attache surtout à montrer comment la mondialisation génère un monde de plus en plus artificiel où tout n’est que simulacre et simulation, « copie d’un original qui n’a jamais existé. » Comme il l’écrit dans Amérique (1986), au pays de Disneyland, « le réel lui-même devient un parc d’attractions. »