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Le livre est le symbole du savoir et de sa transmission aux yeux du public. Celui qui en écrit se distingue du simple lecteur. Le livre représente le fruit d’un travail de longue haleine, mélange de réflexions et de connaissances approfondies.

À l’heure d’Internet et de la télévision, il conserve un statut et un prestige particuliers par ce qu’il suppose de références, de vérifications et de crédibilité scientifique.

Croire que ce qui est dans un livre ne peut qu’être la vérité est une erreur que font souvent les étudiants ! Combien de fois ai-je entendu cette phrase venir ponctuer, voire renforcer leurs démonstrations ? Simplement, les livres ne sont pas tous des textes neutres se contentant de retracer les faits et de les resituer dans leur contexte.

L’exemple des manuels d’histoire est intéressant : ils reflètent très fortement l’idéologie nationale au moment de leur rédaction. Il suffit de consulter en parallèle d’anciens livres d’histoire français et allemands – sur la Première Guerre mondiale, par exemple – pour constater que les mêmes faits ne donnent pas lieu à la même description, et encore moins à la même interprétation.

Certes, ces deux pays se sont considérablement rapprochés, au point qu’il existe désormais un manuel d’histoire commun dont l’objectif est de « poser les bases d’une conscience historique commune chez les élèves allemands et français ». Mais le simple fait que ces deux pays puissent s’entendre sur leur histoire commune atteste de leur rapprochement idéologique actuel, et le fait que cette publication conjointe soit présentée comme une exception montre la difficulté de l’exercice. À quand, par exemple, un manuel d’histoire commun à la France et à l’Algérie ?

En dehors des manuels, il existe bien entendu une multitude d’essais dans lesquels l’auteur défend une thèse, prend position, parfois de façon ouverte, mais parfois également de façon masquée dans le but d’influencer subrepticement le public en faveur de ses idées, soit parce soit parce qu’il y croit sincèrement, soit parce qu’il a un intérêt à le faire croire.

Les sujets d’apparence plus neutre (économie, biologie, par exemple) peuvent abriter des thèses parfaitement engagées. Avant d’ouvrir un livre, il est recommandé de savoir qui écrit (universitaire, journaliste, personnalité engagée), d’où il écrit (pays, institution, époque) et pourquoi (suite à quel événement ou en prévision de quelles échéances), afin d’en déduire à travers quelles « lunettes » l’auteur observe la réalité et la retranscrit pour son lecteur. Celui-ci est en droit d’exiger de l’auteur qu’il lui fournisse des éléments fiables et vérifiés (dates, chiffres, noms, etc.). L’analyse ne sera, quant à elle, jamais parfaitement neutre, quel que soit l’effort d’objectivité de l’auteur.

Ainsi, tout ce qui est écrit dans les livres, y compris d’ailleurs dans celui-ci, est contestable. Un lecteur averti en vaut deux ! »

Extrait de 50 Idées reçues sur l’état du monde – Édition 2021
Pascal Boniface